L’histoire du Moulin de la Planche

L’histoire du Moulin de la Planche

En 985 Hugues, Duc des Francs, confirme la donation de l’Abbaye de Saint Julien de Tours de la « Terra Cancella », la terre de Chanceaux Choisille.

Les moines vont défricher ces terres et y faire des céréales. Ils vont alors avoir besoin d’un moulin.

Sur décision de l’Abbaye, le moulin de Chanceaux est construit en 1480 en bordure d’une ancienne voie romaine et de la Choisille : deux pièces à feux et une halle pour le travail du meunier.

Celui-ci a pour obligation, dans son bail, d’entretenir le pont de Langennerie, au niveau du gué où la voie romaine traverse la Choisille. Ce pont, la planche, donnera son nom au moulin.

Au 16ème siècle le meunier fait construire une grange et une écurie puis, au 17ème siècle, une deuxième écurie. Pourquoi deux écuries ?

En même temps qu’il entretient le pont, la planche, le meunier exerce une activité de relais : il héberge les hommes et les animaux qui passent sur cette route.

C’est ainsi que Ronsard, faisant le trajet entre Couture sur Loir et Saint Côme à La Riche près Tours, écrit son poème « Le Voyage de Tours » :

  « De là vinsmes coucher au gué de Lengenrie

 Sous des saules plantez au long d’une prairie ».

L’exploitation du moulin obéit au système de la ferme générale : l’Abbaye de Saint Julien affermait la seigneurie de Chanceaux pour une somme et le fermier général sous-louait à autant de fermiers métayers ou meuniers qu’il le souhaitait, lui seul étant responsable financièrement vis-à-vis de ces religieux.

Le 20 janvier 1791 le moulin est vendu comme bien National à Valentin MAUCOUR.

François Joseph BOISSAY, locataire du fermier général à la Révolution puis de Valentin MAUCOUR jusqu’en l’an 5, devint meunier propriétaire. Veuf en 1807, il se remaria en 1810. Il laisse le bien à ses enfants. Par arrangement sa fille, Marguerite BOISSAY, et son gendre Gabriel LECOMTE, en deviennent propriétaires.

Ils décèdent tous les deux en 1859 et leur fille, Marguerite LECOMTE épouse LIHOREAU en devient propriétaire. Epouse d’un banquier angevin, elle est elle-même bien pourvue par ses parents puisqu’elle possède aussi Roiville (sur Cérelles), la maison de l’Ile à Langennerie, la Closerie des Rentries et divers biens sur Chanceaux, Saint Antoine, Mettray et Cérelles.

Ce sont Gabriel et Marguerite LECOMTE qui vont faire construire en 1836 le bâtiment de deux étages avec une frise Charles X, à la mode de l’époque, et ses pierres d’attente avec l’idée de surélever le bâtiment du 15ème.

  • La circulation verticale, à l’intérieur de la partie surélevée, se fait par 3 échelles de meunier.
  • Au 1er étage, était situé le système d’écrasement du grain, le blutage (passer la farine à travers un tamis ou un blutoir) et le départ des remontées mécaniques. Actuellement salle de réception.
  • Au 2ème étage se trouvait des machines de nettoyage et de séparation des grains. En 1930, transformée en chambres lors de la cessation d’activité du Moulin.
  • Au 3ème étage, en combles, il subsiste des vestiges du monte-sac et du système de poulies et de courroies qui traversaient le plancher. Le mur Nord est en pan de bois. La charpente est à panne avec faîtière et sous faîtière, 4 fermes sur la chambre du Moulin et 2 fermes sur le retour d’équerre Est.

La Grangette fut construite au 19ème siècle, d’abord simple hangar, elle prit son dernier état connu vers 1890.

Le type de construction de la cave, qui date sans doute du 18ème siècle, démontre sa nécessité. Le lieu fut choisi en raison des risques d’inondation dans les autres parties du site.

LES CONDITIONS DU BAIL. JUSQU’EN 1791

Propriété de l’Abbaye de Saint Julien de Tours, les conditions du bail se répétèrent aux XVII et XVIIIème siècle. Voici le texte de l’acte du 14 mars 1772 :

  « 16° De rendre le moulin de lad. Ferme au prisage porté dans le Procès-verbal qui a été fait (Gripouilleau – Notre Dame d’Oé – 25 juin 1718) entre Antoine Jean MAUCLER, cy-devant fermier général de lad. Terre de Chanceaux, François Bodier, ferlier entrant et Louis Pinon, meunier sortant, montant à la somme de 192 l. de souches, ainsi que le sieur Barbet, successeur Dud. Maucler, le sieur René Picou, père Dud. Sieur preneur, précédents fermiers étoient aussy tenus.

17° De faire curer et netoyer à ses frais les rivières, biez et arrière-biez Dud. Moulin, d’entretenir et de fournir de moulans, tournants et virants et autres choses à quoy meuniers sont tenus, de boucher et raccomoder les trous regnards, gouenes qui se fairont afin d’éviter la perte de l’eau, d’entretenir aussi à ses frais le pont de bois de LANGENNERIE de toutes réparations, pour le rendre en bonb à la fin du présent bail, reconnaissent led. Sieur Claude Picou, preneur, que le tout lui a été remis en bon état ».

Le 12 décembre 1871 Marguerite LECOMTE épouse LIHOREAU donne à bail le moulin (c’est un bien personnel à elle) à Monsieur et Madame ROTTIER pour 12 ans.

Monsieur ROTTIER décède. Madame Veuve ROTTIER, le 11 mai 1872 cède son droit au bail à Monsieur et Madame Louis GAUTHIER – Désirée BEZAR, cultivateurs à Semblancay.

Pour mémoire : 2 paires de meules dont une chômant.

  • 1897-1907 : Gatien, Eugène BREDON, meunier à La Planche
  • 1917 : Jacques MEIGNAN. Exploitant de moulin à la Planche (A.D.37 – 2P 132).

LA FIN DE LA MEUNERIE

En 1930, l’activité meunière cesse. Elle est remplacée par une laiterie connue localement par sa fabrication du camembert « La Noisette » (le bief était bordé de nombreux noisetiers). Elle cesse son activité dans les années 1950. Nous avons retrouvé les étiquettes de boites à camembert de la Laiterie.

camemberts-de-touraine

Le rez de chaussée du bâtiment principal, le Moulin, sera transformé en restaurant vers 1975.

En 1989, le moulin et les autres bâtiments sont progressivement restaurés et l’environnement remis en état à l’identique. La propriété est classée en zone ND du plan d’occupation des sols, zone destinée à assurer la sauvegarde d’un site, d’un milieu naturel, d’un paysage, d’un monument classé ou non, ou à protéger un territoire contre les risques naturels ou les nuisances.

Ronsard ayant évoqué ce lieu où il s’arrêta et dormit, nous avons donné aux bâtiments, salles et chambres des noms se rapportant à la geste ronsardienne.

LE SYSTEME HYDRAULIQUE

Jusqu’en 1836, le système est celui du mécanisme en bois.

Avant 1836 :

  • Vanne de décharge : 0.37 mètre de largeur
  • Déversoir             : 1.20 mètre de longueur
  • Côte du déversoir : 10 mètres

En 1836 :

Gabriel LECOMTE, époux de la propriétaire du Moulin, premier adjoint au Maire de Cérelles, demande l’autorisation de modifier l’installation pour adapter le système du mécanisme en fonte dit « à l’anglaise ».

Après 1836 :

  • Augmentation de la puissance de la force hydraulique, ce qui implique l’élargissement de la roue hydraulique à aube.
  • Elargissement de la vanne motrice à 2 mètres et du déversoir à 4 mètres, les autres vannes étant portées de 1,33 mètre à 1,80 mètres.
  • Surélévation du bâtiment du Moulin de deux étages afin d’installer une mécanique plus performante : le grain montait au troisième niveau, pouvait descendre par gravitation et se faire écraser plusieurs fois pour obtenir une farine plus fine.

La roue hydraulique à aube se situait dans ce qui s’appelait la Halle du Moulin, devenu le bâtiment de deux étages. La pièce a été transformée en cuisine, au-dessus du bief qui passe donc sous le bâtiment.

Sources : les désignations notariales des baux et des états de lieux, l’examen des bâtiments existants et les recherches de Denis JEANSON.

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